ÇA S'EST PASSÉ À POL'N

Juin

En savoir plus Comment allons-nous?
Comment vous portez vous?

À POL’n, les portes sont fermées depuis 40 jours et nous avons décidé pour le moment de ne pas les ouvrir au public avant le 15 juillet. Chômage partiel, télétravail, événements annulés ou repoussés, nous continuons à échanger, entre associations, avec les amis des lieux intermédiaires et des collectifs de lutte pour une culture vivante et accessible.

Pour le moment, on devrait s’en sortir. Mais POL’n, ce sont aussi les associations, les indépendant.e.s, intermittent.e.s, artistes, technicien.ne.s, administratrices qui habitent et animent notre bâtisse pour beaucoup mises en fragilité. Sans mesures sérieuses pour soutenir les intermittent.e.s et professionnel.le.s de la culture, nos outils collectifs déjà si fragiles risquent aussi de s'atrophier.

Pour demain, nous percevons des temps instables, des tristesses à débouler... La culture et l’art seront des domaines parmi les plus touchés par cette crise. Quels rôles auront les artistes dans ce lendemain ? Privé.e.s d’espaces, de visibilité, comment pourront-il.elle.s continuer d’agir, de nous bouleverser dans ces temps empêchés ?

Bien sûr nous sommes parfois saisi.e.s, figé.e.s dans l’attention de ce qui peut advenir mais POL'n est une belle histoire collective et nous voulons être prêt.e.s pour nous épauler, nous imaginer ensemble, solidaires. Pas que le “nous” de la culture, le “nous” d'un désir impétueux de fraternité et de sororité.
Dans ce flot sombre, nous voulons trouver les ancrages, les actes qui nous relèvent.
Faire, parler, échanger, (se) retrouver.
L’après, celui qui adviendra dans les mois qui viennent, il nous faut le repenser. Nous ne retournerons pas à la « normale » et comme nous l'avons vu circuler sur nos écrans, la « normale » était le problème. Parce que ce que nous vivons nous montre le caractère insupportable de l’organisation habituelle des choses, décidons-nous de ne surtout pas y revenir trop vite.

Cela nous brasse, nous empêche, nous trouble, mais nous continuerons de pratiquer, de créer nos communs et de rencontrer nos voisins. Nous déploierons des liens qui nous seront utiles et nécessaires après ce confinement. Nous continuerons de créer des lieux et des moments où nos corps, déployés dans leur kinésphère*, viendront se trouver, coexister dans une autre proximité.

Nous n’accueillerons pas de public avant quelques semaines, nous préférons prendre les devants sur les décisions politiques tardives et précipitées et nous réapproprier cet espace-temps tout en considérant les questions sanitaires et nos rythmes de vies.
Quelles priorités seront les nôtres demain ?
Comment pourrons-nous travailler, créer, accueillir, faire la fête... une fois déconfiné.e.s ?
Quelle place accorderons-nous à la culture, l’écologie, la production, la coopération et la solidarité demain ?
Ce temps à venir, vide de gré ou de force, qu’allons-nous en faire ?
Serons-nous disponibles, aurons-nous le temps et le désir de penser, sorti.e.s de nos torpeurs et de nos urgences vitales ?
Quid des rapprochements, des contacts et des odeurs volées?
Quand pourrons-nous nous toucher, nous embrasser ?
Cela manque tellement…

Nous ne voulons pas faire du remplissage, c’est sûr. Pas envie de bouchées doubles, pas envie d’un chemin tracé pour nous par la catastrophe. Nous lutterons contre la précipitation, la réaction continue, pour trouver notre équilibre entre le temps déposé et la lutte pour défendre nos réalités. Nous ne voulons être pas victimes de ce temps.

Mais on a hâte de vous retrouver, ça oui. Quand pourrons-nous nous retrouver avec vous, nous ne le savons pas exactement aujourd’hui. Mais même avec un mètre d’écart et des gestes barrières, on a hâte.


*Théorisée par Rudolf Laban, la kinésphère désigne l'espace accessible directement aux membres d'une personne, elle s'étend tout autour d'elle, jusqu'à l'extrémité de ses doigts et pieds tendus dans toutes les directions.
Visuel : Salomé Tendav